ABOU SIMBEL

 
   

 

 
 

 

 

Vainqueur des Asiatiques à la bataille de Qadech, Ramsès II prend le chemin du Sud et de la Nubie. Il avait déjà conduit une campagne militaire sous le règne de son père, Séthi 1er, mais cette fois c'est lui le maître et pour affirmer la puissance de Pharaon, il ordonne la création des temples d'Abou Simbel. Au-delà de l'affirmation de son pouvoir, il voulait en construisant ces temples apaiser les caprices du Nil, de manière à assurer à l'Egypte sa crue bienfaisante.

Il choisira deux collines jumelles de la rive gauche du Nil. La colline de Méha, au Sud, à laquelle est associé le culte d'un Horus local. Sur celle d'Ibcheck, au Nord, les populations locales ont reconnu la présence divine d'Hathor, déesse de la musique et de l'amour. Deux temples vont se dresser : l'un à la gloire de l'Horus vivant, Ramsès II, pharaon d'Egypte, l'autre dédié à l'Hathor du roi, la reine Néfertari.

Le temple de Ramsès

Sous le sable en 1838

C'est le temple funéraire d'Aménophis III, aujourd'hui disparu, qui inspira à Ramsès l'impressionnante façade de son temple d'Abou Simbel. Ses statues seront plus hautes que les colosses de Memnon.

Ces quatre effigies royales de 20 m de haut étaient faites pour être vues de loin. Aucune construction ne les dissimulait. Ramsès est représenté sur un trône coiffé de la double couronne, le pschent. Malgré leur taille, les visages conservent une élégance et une finesse de traits soulignée par les rayons du soleil levant.

L'image royale figurant au-dessus de la porte d'entrée rappelle, à la manière d'un rébus, l'identité du créateur du temple : on y voit le disque solaire Rê, un sceptre (ouser) et la déesse Maât. Ouser-Maât--Rê fut le prénom que choisit Ramsès lors de son couronnement. Il figure dans le cartouche de droite. La frise représente des cynocéphales, babouins, qui, par leurs cris, saluent les premiers rayons du soleil.

Ramsès a tenu à faire figurer à ses côtés, outre son épouse, une grande partie de sa descendance, offrant au visiteur une "galerie de portraits" de la famille royale. De part et d'autre de l'entrée, Néfertari en position de la marche, vers la gauche Mout-Touy, la mère de Ramsès, Bentanat et Nebettaouy ses filles. Au niveau inférieur, de taille plus petite, son fils Amon-her-Khepshef et une princesse dont on ignore l'identité.

Sur le côté de la jambe du colosse est rappelée l'union des deux terres, le sema-taouy, entre la Haute et la Basse Egypte. Le relief montre un entrelacs des plantes emblématiques, le lys et le papyrus, nouées de part et d'autre d'une trachée artère.

 

La salle-cour

Peinte par David Roberts en 1838

Cette salle est la plus vaste du complexe. Elle est soutenue par 8 piliers massifs ornés de statues de Ramsès II, qui est figuré sous sa forme osiriaque et coiffé de la couronne de la Haute-Egypte, la mitre blanche, à gauche, et du pschent, la double couronne, à droite. Les jambes ne sont pas liées dans un fourreau de bandelettes, contrairement à la représentation habituelle d'Osiris, mais laissées libres : Ramsès est un Osiris vivant émergeant du sanctuaire.

 

Paroi de droite : la bataille de Qadech

La scène est disposée sur deux registres principaux, séparés par le long bandeau représentant un défilé de chars.
Le roi, assis sur son trône, écoute le rapport des officiers courbés devant lui ; sous le siège royal apparaît une compagnie de Chardanes, ces mercenaires libyens reconnaissables au croissant de lune qui orne leur coiffure.
A côté, scène de bastonnade des prisonniers hittites. Début des combats avec une bataille de chars où les Egyptiens mettent en déroute les Hittites, de nombreux conducteurs ennemis dégringolent de leur char, le corps criblé de flèches.

La prise de Qadech

Dans une magnifique scène, Ramsès, campé sur son char, décoche ses traits contre les défenseurs de la ville. L'on peut constater que son arc est double et qu'il est muni de deux bras droits, c'est Amon qui vient l'aider dans son ultime combat.

Enfin c'est la victoire ; debout sur son char, dans une attitude de grande majesté, le roi assiste au dénombrement des mains et des sexes coupés sur le corps des ennemis.

 

Paroi de gauche

Ramsès affronte en personne deux Libyens ; l'un est déjà à terre, l'autre, saisi par le bras dans un geste d'une grande expressivité, est sur le point d'être transpercé par la lance royale.

 

La salle hypostyle

Au centre de la salle, quatre piliers ornés de scènes d'offrandes soutiennent le plafond.

Ramsès fait des offrandes à Amon-Min ithyphallique.

Le sanctuaire

Le mur du fond de cette partie la plus sacrée du temple est occupée par quatre statues divines dégagées de la masse rocheuse. Sur une même banquette ont pris place, de gauche à droite, Ptah, Amon, Ramsès et Rê-Horakhty : le souverain se place comme un dieu. Ces effigies veillaient sur la barque sacrées déposées devant eux.

Deux fois par an, vers le 20 février et le 20 octobre, le soleil pénétrait jusqu'au fond du temple, pour revitaliser les statues des dieux. Seule l'effigie de Ptah ne recevait pas les bienfaits de la lumière solaire (excepté sur une partie de son épaule gauche), car il s'agit d'une divinité régnant dans les profondeurs obscures de la terre.

Au mois de février, les rayons passent progressivement des colosses Nord, à droite, aux colosses Sud de la salle-cour puis au mois d'octobre, ils effectuent leur balayage dans le sens inverse. Mais deux fois par an, le soleil pénètre au plus profond du temple. L'orientation a été respectée lors du déplacement du temple.

 

Le temple de Néfertari

La fondation de ce temple rupestre, le premier sanctuaire jamais dédié en Egypte à une épouse royale, semble avoir précédé celle du temple de Ramsès voisin.. Ramsès le consacra à la déesse de l'amour et de la joie, à celle qui accompagne le retour de la crue : Hathor. Il confondait Hathor et Néfertari dans une même vénération, il entendait hisser le couple royal à l'égal des dieux.

Six colosses royaux prennent place dans les niches déterminées par de puissants contreforts : quatre effigies du souverain, portant la barbe postiche divine, encadrent deux représentations de la reine. Malgré les dimensions des statues (plus de 10 m de haut), Néfertari apparaît avec infiniment de grâce dans l'attitude et les traits : dans un geste plein de retenue, elle avance la jambe gauche pour signifier qu'elle surgit du rocher telle Hathor de la montagne thébaine.

Aux pieds des souverains prennent place les enfants royaux : les fils devant leur père, les filles devant Néfertari.

La salle-cour

Comme dans le temple de Ramsès, cette salle fait office de cour à ciel ouvert : on trouve de part et d'autre de l'entrée, des scènes de massacres d'ennemis, traditionnellement placées dans les parties ouvertes des temples. Hormis ces scènes guerrières, le reste de la décoration est empreint de jeunesse et d'une grâce toute féminine.

La déesse Hathor représentée sur les piliers.

Ramsès et Néfertari présentent des offrandes de fleurs à Hathor.

Le vestibule

De la salle-cour, trois passages donnent accès au vestibule.

La barque d'Hathor naviguant au milieu d'une forêt de papyrus, honorée par Néfertari qui lui dépose des offrandes sur un petit autel.

 

Néfertari reçoit une couronne des mains d'Isis et d'Hathor ; sa coiffure, deux cornes droites encadrant le disque solaire, l'assimile à Sothis, l'étoile dont la réapparition annonce l'arrivée de la crue.

 

 

Le sauvetage de Abou Simbel

Si la mise en eau du haut barrage d'Assouan mettait définitivement l'Egypte à l'abri des caprices du Nil, elle condamnait 24 temples antiques à l'engloutissement. Cette disparition programmée suscita une considérable émotion dans l'opinion internationale.
Le 8 mars 1960, sous l'égide de l'Unesco, un appel solennel fut lancé aux Etats et aux peuples afin de sauvegarder ces trésors du patrimoine culturel de l'humanité.

A Abou Simbel, les travaux débutèrent en août 1965 : il s'agissait de découper en immenses blocs les deux temples prestigieux, pour les remonter 100 m au-dessus de leur emplacement originel. On commença par araser la colline jusqu'à 80 m des plafonds. Avant de procéder à la découpe des blocs supérieurs, on prit soin de recouvrir les façades de 380 000 m3 de sable pour les protéger de chocs éventuels. Puis vint le découpage : pas moins de 1042 blocs, certains pesant jusqu'à 20 tonnes, qui, une fois numérotés, étaient transportés par camions sur le nouveau site. Il ne restait plus qu'à assembler ce puzzle de géant, en prenant garde toutefois de conserver la même orientation, pour que le soleil puisse continuer à pénétrer deux fois par an jusqu'au fond du temple. Une immense voûte de béton vint coiffer l'ensemble, afin de conserver au site son aspect originel.

Aujourd'hui, l'esplanade du site a été réaménagée et Abou Simbel présente toujours autant de splendeur. Chaque visiteur est impressionné par ces colosses gigantesques qui étaient là pour inspirer la crainte à tout intrus.

 

 

 
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