Karnak
est sans doute le plus vaste complexe cultuel qu'ait jamais construit
une civilisation.
Ce
périmètre sacré abritait un lieu de culte depuis
la IIIème dynastie (vers 2700-2620 av.JC ). Pourtant, le temple
de Karnak n'acquit une dimension nationale, autour de son culte à
Amon, qu'avec l'accession au trône d'Egypte des princes de Thèbes,
qui réunirent le Double-Pays sous leur autorité, fondant
le Moyen Empire ( vers 2033-1740 av.JC). C'est à partir de ce
premier sanctuaire ( dont il ne reste rien) que les maîtres successifs
de la Vallée du Nil agrandirent le domaine d'Amon jusqu'à
la période gréco-romaine. Chaque génération
eut ainsi à coeur d'enrichir le trésor du temple et d'embellir
la demeure du dieu, n'hésitant pas à démolir des
constructions antérieures pour en utiliser les matériaux.
Le
sanctuaire d'Amon était une véritable cité religieuse
qui possédait ses magasins, ses ateliers, et même sa prison.
Il était isolé du monde profane par une enceinte de briques
crues, dont l'ondulation évoquait les flots de l'océan
primordial. Ce mur, d'environ 12 m d'épaisseur à la base
et d'une hauteur originelle de 25 m, remonte dans son état actuel
au règne de Nectanébo Ier, il dessine un quadrilatère
de 480 x 550 m. C'est là que se trouvait le temple principal,
bordé d'un lac sacré, et que s'élevaient des temples
secondaires comme celui de Khonsou, fils d'Amon, ou de Ptah. Au Nord,
à l'extérieur de l'enceinte, s'étendait le domaine
de Montou, le dieu guerrier vénéré dans la région
avant le développement du culte d'Amon.
Le
débarcadère
En
avant du Ier pylône, une tribune de pierre sert aujourd'hui d'entrée
au temple. Les prêtres y prenaient place lors des grandes cérémonies
solennelles ; on y exposait surtout la barque sacrée du dieu
avant de la charger sur l'ouserhat, la nef d'apparat, qui la
conduisait vers Louxor lors de la fête d'Opet, ou sur la rive
Ouest pour y célébrer la fête de la Vallée.
En avant du pylône, à l'emplacement du parc de stationnement
moderne, s'étendait un bassin relié au Nil par un canal
qui permettait le déplacement de la barque.
Les
criosphinx (corps de lions et têtes de béliers) sont les
symboles du dieu Amon ; ils gardent entre leurs pattes de petites figurines
de Ramsès II sous les traits d'Osiris. Ces sphinx furent sculptés
pour Aménophis III et Thoutmosis IV et installés dans
le temple de Louxor. Ramsès II les usurpa. De nos jours 40 d'entre
eux bordent l'allée mais, avant l'érection du 1er pylône,
l'allée s'étendait jusqu'au 2e pylône et on en comptait
124.
Le
1er pylône
Le
Ier pylône est très imposant, 113 m de façade. Il
est l'oeuvre des souverains de la dernière dynastie indigène,
la XXXème, avec Nectanébo I et II. Le projet était
sûrement très important car le pylône fut laissé
inachevé. Les façades, sans décoration, laissent
apparaître des blocs tout juste dégrossis et du côté
intérieur, contre le massif Sud (à droite) subsistent
des échafaudages de briques qui servirent à son édification.

La
cour la plus vaste de tous les temples de la vallée du Nil, fut
réaménagée par Chéchong Ier (945-924 av.JC),
fondateur de la XXIIème dynastie. L'espace ouvert qui précèdait
le temple ramesside fut clos d'un mur doublé, au Nord et au Sud,
par un portique. Dans l'axe principal du temple, une colonne entière
et les bases de neuf autres appartiennent à une colonnade de
Taharqa (690- 664 av.JC). Cette cour constituait une étape importante
lors des processions de la barque sacrée qui y faisait halte
dans deux chapelles-reposoir.
La
colonnade de Taharqa était monumentale. Il n'en est resté
que cette élégante colonne de 21 m. On pense que la colonnade
devait servir de lieu d'exposition aux rayons solaires de l'idole en
vue de sa régénération.
En
avant du 2ème pylône et devant le portique, s'élève
une haute statue de Ramsès II avec sa fille Bentanat. Elle fut
découverte enfouie face contre terre sous les fondations du pylône.
Le
2e pylône
Il
appartient au vaste programme de construction entrepris à Karnak
par Horemheb (1323-1295 av.JC) . Sa porte monumentale mesure 29.50 m
de haut. Ce pharaon a utilisé comme remplissage des milliers
de blocs provenant d'édifices élevés durant la
période amarnienne (les talatates) : ainsi disparurent de la
vue les témoins d'un règne méprisé. Il n'a
pas pour autant détruit les images consacrées d'un dieu
qui faisait partie malgré tout du panthéon égyptien.
La
grande salle Hypostyle
Peinte
par David Roberts en 1838
Cette
salle est la plus spectaculaire du temple de Karnak et la plus grande
salle de tous les temples égyptiens, soutenue par une véritable
forêt de colonnes. Elle est l'oeuvre de Séthi Ier (1294-1279
av.JC) et de son fils Ramsès II (1279-1213 av.JC) qui en acheva
la décoration. Au total, ce sont 134 colonnes dressées
sur un remblai de près de 2 m d'épaisseur, à l'exception
de la majestueuse allée centrale de 12 colonnes à chapiteaux
ouverts qui suit l'axe du temple, élevée sous le règne
d'Aménophis III. Plus hautes d'un tiers que celles des côtés,
ces colonnes supportent à cet endroit un plafond à 23
m du sol ; il repose sur des dés invisibles depuis le bas.
Allée
centrale à chapiteaux ouverts
Détail
La
différence de niveau entre la nef centrale et les bas-côtés
a permis de ménager des ouvertures, sortes de fenêtres
à barreaux, (les claustra) qui jetaient une lumière oblique
sur l'immense salle.
Claustra
Les
colonnes latérales sont ornées dans la partie Sud de reliefs
dans le creux accompagnés des cartouches de Ramsès II,
et dans la partie Nord de haut-reliefs réalisés sous le
règne de Séthi Ier.
Nom
de couronnement de Ramsés II : Ousermaâtrê Sétepenrê
(la justice de Rê est puissante, l'élu de Rê)
Les
thèmes décoratifs empruntent à l'inépuisable
registre des scènes de couronnement royal et des honneurs rendus
aux dieux. Les reliefs conservent une part de leur polychromie d'origine.
Les
décorations les plus élégantes se trouvent sur
le mur Nord ; elles montrent le roi Ramsès II offrant de l'encens
à Amon sous sa forme de bélier lors de la procession de
la barque sacrée.
Détail
: Amon sous sa forme de bélier
La
cour d'Aménophis III
Avant
la construction du 3ème pylône, cet espace servait de parvis
au temple. Trois paires d'obélisques s'y dressaient (dédiés
par Thoutmosis Ier, Thoutmosis III et Aménophis II) ; un seul
est resté debout, celui de Thoutmosis Ier, qui présente
une forte inclinaison vers l'Ouest, due sans doute aux mouvements de
terrain consécutifs à la construction du 3ème pylône.
Des fragments des autres obélisques ont été découverts
lors du vidage du 3ème pylône.
La
cour de Thoutmosis Ier
Dans
cette cour fut érigé le 5ème pylône, aujourd'hui
disparu, par Thoutmosis Ier. La reine Hatchepsout y fit ensuite dresser
deux obélisques pour son jubilé. L'un d'eux est toujours
en place.
A gauche,
obélisque de Thoutmosis 1er, à droite celui d'Hatchepsout
Le
lac sacré
La
présence d'un lac sacré était indispensable à
tout temple égyptien, il évoquait le chaos liquide d'où
émergea la première butte en terre, et servait aux ablutions
quotidiennes des prêtres ainsi qu'aux navigations rituelles des
barques sacrées.
A
l'Ouest du lac, un énorme scarabée de granit provenant
du temple funéraire d'Aménophis III fut transporté
par Taharqa. La légende locale veut que tourner plusieurs fois
autour de cette idole de pierre assure aux femmes une maternité
dans l'année.